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Cité de Refuge

Restauration et restructuration de la Cité de Refuge de Le Corbusier et Pierre Jeanneret, pour l’Armée du Salut
  • LocalisationParis (75013)                                                          
  • Maître d’ouvrageRSF/I3F
  • Calendrier2011-2015
  • Montant HT / Surface  NC / 7 154 m2
  • EquipeFrançois Chatillon, architecte associé
    Opera Architectes, mandataire
    COTEC, bureau d’études
    Vanessa Fernandez, architecte-chercheure
    Emmanuelle Gallo, historienne, conseillère scientifique
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Située à Paris, rue Cantagrel, premier grand édifice construit par Le Corbusier, la Cité de Refuge reste mal connue ou plutôt mal reconnue. Pourtant, tout y est extraordinaire : la nouveauté du programme, son implantation, son financement. Conçue pour l’Armée du Salut en 1933, en plus de son architecture avant-gardiste, son programme social est très ambitieux pour l’époque, puisque le centre d’hébergement a pour vocation d’accueillir les plus démunis tout en leur offrant une structure pour se reconstruire.

 

Edifice de 11 niveaux, sa façade initiale était en mur rideau vitré, orientée sud, elle a été détériorée lors des bombardements en 1944. Le Corbusier reprendra la façade en 1952 par un apport de châssis vitrés sur allèges pleines et des brise-soleil en béton. Cette façade, ses couvertures, le hall et escaliers sont inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques du 15 janvier 1975.

En 2007, l’obsolescence de la configuration des bâtiments et leur dégradation ont conduit la Fondation de l’Armée du Salut à lancer un projet de réhabilitation de la Cité de Refuge et du Centre Espoir (bâtiment attenant construit en 1978 par les architectes Georges Candilis et Philippe Verrey, afin d’augmenter la capacité d’accueil de la Cité de Refuge).

Lancé en décembre 2011 sous la maîtrise d’ouvrage de Résidences Sociales de France (RSF), le programme s’est déroulé en deux phases. La première phase concerne la réhabilitation du Centre Espoir avec Opéra Architectes, mandataire de l’opération globale, et a été livrée en juillet 2014.

 

La deuxième phase a démarré en juillet 2014, la restauration et restructuration de la Cité de Refuge, avec François Chatillon, architecte en chef des Monuments Historiques, associé à Opéra Architectes, et a été livrée le 19 novembre 2015, après 18 mois de travaux.

L’enjeu patrimonial pour la Cité de Refuge, avec son inscription partielle à l’inventaire des Monuments Historiques depuis 1975, s’est inscrit dans la recherche d’une véritable cohérence architecturale et dans la valorisation des éléments patrimoniaux et ce au-delà des différentes époques de construction, des acteurs et des différentes interventions.

 

Le projet de conservation ne se limite pas à la conservation matérielle, même si elle est toujours recherchée, il inclut à la fois la restauration de l’œuvre et son usage contemporain. C’est le principe de la conservation active qui permet de comprendre, valoriser, hiérarchiser, et surtout savoir faire des choix.

Il ne s’agit pas d’une simple restauration à l’identique mais d’une réadaptation des lieux à un usage, lequel reste inchangé en principe (même destinataires, même utilisation) mais doit dans les faits prendre en compte de nombreuses contraintes inconnues de Le Corbusier (sécurité, accessibilité, normes d’habitabilité).

L’opération prévoyait la rénovation des façades et des interventions dans les espaces intérieurs en prenant en compte les contraintes sociales, patrimoniales, urbaines, architecturales, environnementales, réglementaires, techniques et économiques. Le projet a adopté une démarche « croisée », en considérant comme état de référence la superposition des projets de 1933 et de 1952.

Dans cette opération, le processus d’arbitrage entre conservation et usage a été conduit par une méthode de dialogue exemplaire entre les différents partenaires. Un Comité de suivi archéologique, scientifique et technique (CSAST) réunissant les différents intervenants du projet ainsi que d’autres comme la Fondation Le Corbusier ou des institutions en charge du patrimoine, a été mis en place pour l’examen et la validation de ces transformations. Les solutions architecturales et techniques naissant de l’exposé clair et partagé

 

En adoptant une méthode collaborative, le CSAST a permis de faire exister des points de vue parfois contradictoires. De fait, la question n’a pas été d’en choisir un au détriment de l’autre mais de bien les comprendre et de proposer une « troisième voie » : celle du projet comme seule réponse pertinente.

 

Le projet architectural global de restauration et de restructuration a été mis au service du projet social. Un projet social qui nécessitait la restructuration physique des dortoirs et des sanitaires collectifs pour rendre l’accueil des résidents plus humain : avec des chambres pour couples et familles, accessibles aux personnes à mobilité réduite et des studios individuels. De nouveaux espaces de vie collectifs et individuels seront mis à disposition des personnes accueillies pour leur permettre de se reconstruire et préparer leur réinsertion sociale.

 

A l’issue des travaux, la capacité d’accueil totale du site – Centre Espoir et Cité de Refuge – a été portée de 273 à 282 places.

 

Dans la filiation de cette œuvre de Le Corbusier des années 1930, tous les acteurs du projet de rénovation se sont mobilisés autour de l’idée originelle, qui dépasse l’architecture et replace l’humain au cœur de l’acte de construire : l’accès au Beau, à l’harmonieux est possible et fait partie du projet de réinsertion.